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Un programme pour les enfants handicapés durement ébranlé Malgré les obstacles

Un programme pour les enfants handicapés durement ébranlé
Malgré les obstacles, la Canadienne Marika MacRae, directrice de l’organisme de bienfaisance Pazapa, affirme que l’organisation continuera son travail

John Ibbitson
Globe and Mail, le 25 janvier 2010

JACMEL, HAITI - Marika MacRae attend avec ses deux jeunes enfants à l’aéroport de Jacmel, maintenant sous contrôle militaire canadien, en espérant qu’il y aura des places pour eux dans n’importe quel avion retournant au Canada. Ses papiers sont en règle, mais les places sont rares. Peut-être qu’elle partira aujourd’hui, ou peut-être demain.


La directrice de Pazapa (qui veut dire « pas à pas » en créole), un programme pour les enfants handicapés dans ce village ravagé par le séisme situé à 80 kilomètres de Port-au-Prince, affirme qu’elle reviendra bientôt.

« C’est chez moi, ici », avait-elle dit plus tôt à l’extérieur de sa maison endommagée et instable. « C’est qui je suis. »

Mais elle doit s’en aller, faire sortir ses enfants du pays, au moins pendant un certain temps.

« Tout le monde est anéanti, dans tous les sens », dit-elle. « Nous avons perdu une partie de nous-mêmes. Nous sommes tous déstabilisés. »

Mme MacRae a hérité Pazapa de sa mère, Jane MacRae, qui a fondé l’organisme de bienfaisance en 1987 après avoir quitté son Canada natal pour venir en Haïti. Bien qu’elle soit née au Canada, Marika MacRae a vécu la plus grande partie de sa vie en Haïti. Lorsque Janet MacRae est décédée il y a quelques années, Mme MacRae l’a remplacée à titre de directrice générale.

Les enfants physiquement ou mentalement handicapés font face à de graves obstacles en Haïti. Dans ce pays extrêmement pauvre à la culture profondément religieuse, de nombreux parents voient la naissance d’un enfant handicapé comme une malédiction, une punition de Dieu. Ils cachent leurs enfants et font semblant qu’ils n’existent pas.

Même les moins superstitieux considèrent ces enfants les plus vulnérables comme un fardeau. Ils ne pourront pas travailler et ainsi contribuer au revenu de la famille. Ils reçoivent moins de nourriture, moins de soins et moins d’amour.

Pazapa existe pour ces enfants. L’organisme offre des programmes d’enseignement spécialisés pour ceux qui ont des déficiences mentales. Il a une école pour les enfants sourds. Des chirurgiens viennent réparer des pieds bots bénévolement. Il y a des programmes de physiothérapie, des programmes de nutrition et des programmes pour aider les parents à accepter leurs enfants handicapés et à en prendre soin. On apprend aux enfants à accomplir des tâches, comme faire sécher des fruits, pour prouver leur utilité à leur famille. Environ 120 enfants reçoivent de l’aide à n’importe quel moment donné.

« Nous faisons une grande différence pour les enfants dont nous nous occupons », dit Mme MacRae. « Sans nous, on les cacherait dans un coin, sans nourriture. » 

Le programme utilisait deux édifices loués dans le centre de Jacmel pour mener ses activités. Lorsque le tremblement de terre a eu lieu, les enfants venaient tout juste de partir pour la journée, ce qui a été une bonne chose puisque le mur arrière d’un des immeubles s’est effondré. Les deux édifices ont été marqués de la croix et du point, ce qui signifie qu’ils sont condamnés. « Ce sont les enfants sourds qui ont eu le plus de chance », croit Mme MacRae. « Ils ne pouvaient pas entendre ce qui se passait. »

Avant tout, il fallait s’assurer que les enfants étaient sains et saufs. Les vingt employés permanents du centre se sont déployés pour faire le point de la situation. Bonne nouvelle : aucun des enfants n’avait été blessé et tous étaient en sécurité.

Mais c'est bien la seule bonne nouvelle. Comme les communications sont rompues, il n’y a aucun moyen d’accéder à de l’argent pour fournir de la nourriture et comme les deux immeubles sont inutilisables, l’organisme n’a pas d’endroit pour recommencer à offrir ses programmes.

Puisque les efforts de secours sont au centre des préoccupations du gouvernement local, si on peut l’appeler ainsi, l’organisme n’a aucun espoir de pouvoir obtenir des installations temporaires, ne fussent qu’un terrain et une tente.

En plus, étant donné que les deux immeubles loués sont condamnés, il n’y a aucune possibilité de redonner des locaux permanents à Pazapa.

« Notre priorité absolue, c’est obtenir un terrain », explique Mme MacRae. Mais « il n’y a aucune entité qui est en mesure de faire quoi que ce soit. » En retournant au Canada, elle pourra commencer à organiser une collecte de fonds pour aménager un nouveau foyer permanent pour Pazapa par l’entremise des organes américain et canadien de financement de l'organisme de bienfaisance (www.stepbystep.ca). Et se remettre de cette expérience.

Bien que sa voix et ses yeux révèlent une grande lassitude, Mme MacRae affirme que Pazapa poursuivra son travail.

« J’ai le sentiment que cet événement nous permettra d’être ce que nous voulons devenir », dit-elle. Un édifice permanent appartenant à l’organisme, conçu pour les personnes handicapées. Un nouveau départ.

Mais il n’en sera peut-être rien. Une grande partie de Jacmel est en ruines. Les besoins sont si grands, et les enfants handicapés sont toujours au bas de la liste.

Pendant l’entrevue, la détermination de Mme MacRae se transforme presque en désespoir. « Je suis impuissante en ce moment », admet-elle. « Il n’y a aucune place pour nous. »

Les enfants qu’elle sert, et leurs parents, sont impuissants eux aussi.